mardi, avril 11, 2006

Léviathan


conan

Excellente critique du film par Thémistocle



"(…)Sans doute, les guerres idéologiques ou politico-religieuses sont-elles les pires de toutes, puisqu‘elles risquent de dégénérer en guerres civiles. Mais on n‘évite que ce que l‘on a osé regarder fixement. La guerre à laquelle nous tournons le dos nous frappera par derrière, nous et les nôtres. La politique d‘apaisement que pratique à la perfection un Jacques Chirac est la plus mauvaise des politiques, elle nourrit la guerre plus sûrement que n‘importe quelle provocation et prépare au nom d‘une paix qui n‘est que capitulation des lendemains sanguinaires et un asservissement honteux.(…)

Cela ne signifie rien, cependant que les grandes harmonies fondatrices de l’Occident soient mortes : les liens cachés entre la liberté et l’autorité, entre la raison et la foi, entre la culture et la croix, non seulement dorment dans de vieux grimoires, mais sont encore présents dans nos institutions (et par-dessus tout dans l’Eglise catholique romaine) et ne demandent qu’à revivre et à revivifier notre civilisation. C’est d’ailleurs une question de vie ou de mort. Nos nihilistes et nos relativistes s’apprêtent à imiter sans le savoir ce Bas-Empire décadent qui s’écroula comme un château de cartes, corrodé par l’hérésie, faces aux hordes de Mahomet. Et s’il n’y avait qu’eux ! L’islamophilie sévit à l’intérieur même de l’Eglise. J’entends couramment, à la messe dominicale, des prêtres parler du coran comme d’un livre sacré et de Mahomet comme d’un prophète, l’égal d’un Moïse. Ce syncrétisme puéril s’explique par la médiocrité intellectuelle de nos contemporains et du clergé en particulier. On « dialogue » sans définir; on s’ouvre à l’autre par dégoût de notre identité; on confond tout par horreur de l’affrontement et l’on mime péniblement une bonté déclamatoire et éthérée, composé abject d’inattention et de remords, et surtout d’aversion contre une foi trop exigeante. Et pendant ce temps, les dernières églises chrétiennes brûlent au Moyen Orient ! Le mot de Gide contre Jean Guéhenno, « qui parle du cœur comme d’autres parlent du nez », s’applique à merveille aux religieux et aux théologiens d’aujourd’hui. Plusieurs d’entre eux opposent le Dieu de l’Ancien Testament (« qui punit ») à celui du Nouveau Testament (« qui pardonne »), consternante proposition qu’ils enrobent de sentimentalisme, de subjectivisme et d’imprécision doctrinale. Derrière le sentiment religieux prétendument dégagé de tout dogme et les escapades verbeuses dans le « spirituel » et dans un amour anomique et dénaturé se dissimule un nihilisme fleuri, « clérical », sous-produit grimé de cet épidémique et sordide fétichisme narcissique envers un moi à la fois gonflé et dévitalisé, indocile et immature, insatiable et démoralisé. (…)"

Par Jean Renaud, revue « égards » n°11.

Locations of visitors to this page